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Malgré la pandémie, la Journée mondiale des zones humides ne prend pas l'eau

Ce 2 février aura lieu la traditionnelle Journée mondiale des zones humides, dont le signal de départ a été lancé par Ramsar France le 29 janvier. La pandémie n'aura pas eu raison du dynamisme français pour la célébrer : plus de 300 manifestations sont prévues – dont un tiers organisé par les collectivités. Une édition exceptionnelle, qui marque le cinquantième anniversaire de la convention dite de Ramsar. Mais au-delà de faire connaître ces zones, reste à les protéger : là encore, la mobilisation des collectivités est attendue. La Commission européenne vient, elle, d'y bannir la chasse au plomb à compter de 2023.

La convention de Ramsar a 50 ans ! C'est le 2 février 1971 que 18 pays, dont la France, réunis dans cette station (alors) balnéaire iranienne décidaient de s'unir pour protéger les "avoirs liquides" – dans une terminologie toute financière – que représentent les zones humides. "La convention ne sera signée que le lendemain", précise Tobias Salathé, conseiller pour l'Europe de l'organisation Ramsar, lors de l'événement de lancement organisé – virtuellement – le 29 janvier dernier par l'association Ramsar France – qui souffle, elle, ses dix bougies cette année. La convention entrera en vigueur en 1975, mais ne sera ratifiée par la France qu'en 1986 (elle l'est désormais par 171 États). 

La France, leader incontesté de l'animation

Depuis, l'Hexagone se distingue positivement. La France compte désormais cinquante sites inscrits sur la liste des zones humides d'importance internationale (un quart outre-mer), représentant une superficie totale de plus de 3,7 millions d'hectares. Le dernier, celui des vallées de la Scarpe et de l'Escaut, a reçu le feu vert l'an passé. Plus encore, elle organise peu ou prou la moitié (789 en 2020, dans 95 départements) des manifestations organisées dans le monde à l'occasion de la Journée mondiale des zones humides, célébrée dorénavant chaque 2 février. Traçant le bilan des dix dernières éditions, Denis Berlemont, chargé de mission communication à l'association Ramsar France, y pointe la montée en puissance des collectivités territoriales. Elles organisent désormais un tiers des animations, qui prennent très majoritairement la forme de sorties nature. En dépit de la pandémie, ce sont plus de 300 manifestations qui sont encore prévues ces prochains jours (voir leur localisation ici ).

Les zones humides, ces couteaux suisses

À l'heure du changement climatique, Ramsar et ses différents partenaires n'entendent pas relâcher leurs efforts, bien décidés à mettre en avant les multiples services rendus par ces zones – autrefois vilipendées – , qui vont bien au-delà de la "simple" préservation de la biodiversité, comme cela a été rappelé tout au long de la "webconférence" de ce 29 janvier. Principalement :
- une régulation du cycle de l'eau. Véritables éponges, ces zones limitent l'impact des crues et les inondations – un rôle mis en avant par Olivier Mopty, de l'établissement public territorial de bassin (EPTB) Somme-Ameva – et soutiennent les étiages en période de sécheresse ;
- un frein à l'érosion. En ralentissant les eaux, elles réduisent leur pouvoir érosif. Pour l'illustrer, Lucie Mapto a présenté le chantier conduit par le Conservatoire du littoral dans les rizières de Mana, en Guyane (l'un des dix sites pilotes du projet Life adapto visant à gérer le trait de côte), "où la dynamique littorale est la plus forte au monde". Conséquence de la "dynamique des bancs de vases", la côte y a reculé de 1,5km en 15 ans ;
- une dépollution des milieux. Les zones piègent et filtrent les matières polluantes, une capacité "autoépuratoire" qui reviendrait cinq fois moins cher que les solutions à mettre en œuvre pour remplacer leurs services ;
- et plus que jamais mis en avant, un stockage du carbone, atténuant le changement climatique.

Des programmes pour les protéger

Pascale Larmande, de l'agence régionale de la biodiversité de la région Centre-Val de Loire, a particulièrement insisté sur la nécessité pour les communes de bien connaître, protéger et restaurer ces "véritables couteaux suisses", vantant notamment le programme Life Artisan ("Accroître la résilience des territoires au changement climatique par l'incitation aux solutions d'adaptation fondées sur la nature"), lancé officiellement le 1er décembre dernier et qui s'adresse en partie aux collectivités. Une invite également lancée par Olivier Mopty, qui souligne lui aussi les nécessaires amélioration des connaissances de ces zones et appropriation par les acteurs du territoire.
Les collectivités sont également conviées à rejoindre le programme Territoires engagés pour la nature, qui leur est tout particulièrement destiné. Prévu par le plan Biodiversité, porté par l'Office français de la biodiversité et Régions de France, il a été lancé en mai 2019 et récemment élargi (voir notre article du 5 octobre 2020). Déployé pour l'heure dans quatorze régions, il vise à aider les collectivités à mettre en œuvre un plan biodiversité. 217 collectivités s'y étaient engagées fin janvier, dont la commune d'Ingré, dans le Loiret, avec un programme de protection de ses zones humides qui a fait suite à la mise en place d'un atlas de la biodiversité communale. Un chiffre somme toute décevant au regard des objectifs initialement fixés : 1.000 collectivités accompagnées d'ici à 2022.

Un nouveau règlement européen pour interdire la chasse au plomb dans les zones humides

In fine, on relèvera la publication au Journal officiel de l'Union européenne le 26 janvier dernier d'un règlement de la Commission européenne visant à bannir la chasse au plomb dans les zones humides. À partir du 15 février 2023, le tir – et le port – de grenaille de plomb à moins de 100 mètres d'une zone humide seront interdits. Plus encore, le règlement prévoit que les États membres dont au moins 20% de leur territoire (à l'exclusion des eaux territoriales) est constitué de zones humides pourra, à compter du 15 février 2024, interdire la mise sur le marché, le tir et le port (dans le cadre de la pratique du tir), de grenaille de plomb sur l'ensemble de son territoire.
Soulignons que si l'utilisation de la grenaille de plomb pour la chasse en zone humide (concrètement, les zones visées à l’article L. 424-6 du code de l’environnement) est interdite en France depuis le 1er juin 2006, la zone d'interdiction est plus restreinte – 30 mètres. En outre, le port de grenaille de plomb y est autorisé, comme le tir d'ailleurs, "dès lors [que les chasseurs] ne tirent pas en direction de la nappe d’eau ou que la gerbe de plomb n’est pas susceptible de retomber dans l’eau", selon les termes d'une circulaire du ministre de l'Écologie du 4 juin 2006.

 

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